IDEL aujourd’hui

IDEL aujourd’hui, une histoire d’évolution politique et sociale.
Depuis 2000 à nos jours, le nombre d’IDE et d’IDEL a augmenté proportionnellement beaucoup plus vite que la croissance démographique en France.
D’après toutes les statistiques officiels.
Par ailleurs, nous continuons d’assister à un transfert de masse des infirmiers salariés vers l’exercice libéral.

SCOOP : dernières nouvelles.
La DREES ou Direction de la Recherche des Etudes d’Evaluation et des Statistiques a très récemment tenté une évaluation de la population infirmière en France.
Avec un résultat à 765000 personnes au 01/01/22, ce même organisme s’est fendu d’un communiqué le 12/07/22.
Ce dernier ayant pour but de dénoncer une surévaluation due au manque de fiabilité du défunt répertoire ADELI.
En clair, le résultat serait plus aux alentours des 637000 infirmier(e)s.
Mais cela reste une projection, car en fait, personne n’en sait rien.
La bureaucratie a encore de beaux jours devant elle !

 

Evolution des effectifs des infirmiers en France en 2019 (01/01/20)

Il s’agit des dernières statistiques fausses du répertoire ADELI.
– Sur 744307 infirmier(e)s sur la France entière (outre-mer inclus), il y a 131575 libéraux ou mixtes.
Soit environ 17,68% du total de la profession infirmière et en constante augmentation.

En introduction, les derniers chiffres officiels parus en 2021, du ministère des solidarités et de la santé.
Au regard de l’évolution des chiffres, les effectifs continuent de croitre de façon importante.
Tant pour le nombre total d’IDE, que surtout pour le nombre d’IDEL ou mixtes.

– Sur les 131575 infirmier(e)s en exercice libéral ou mixte.
Il y a 109571 femmes (soit environ 83,28%) et 22004 hommes (soit environ 16,72%).
Ces derniers sont régulièrement en augmentation pondérée.

– La moyenne d’âge chez les infirmiers libéraux était de 44,8 ans en 2017; de 44,9 en 2018, pour passer à 45,1 ans en 2019.
D’où un léger « vieillissement en continu » des effectifs de la profession.

– La densité était de 184,87 IDEL ou mixtes par tranche de 100000 habitants sur tout le territoire national en 2017.
Ensuite 190,73 en 2018, pour passer à 196,45 en 2019.

– Toujours en 2019, l’activité se décompose très majoritairement avec 73078 infirmier(e)s en cabinet individuel (soit environ 59,6%).
Et 49530 en cabinet de groupe et ou en sociétés (soit environ 40,4%). Soit 122608 IDEL installés ou collaborateur.
Ces chiffres restant à peu de chose près dans la continuité proportionnelle de 2017 et 2018.
Avec une augmentation constante des IDEL installés en solo.

 

Sur 131575 IDEL ou mixte, 122608 IDEL facturaient des soins soit 93,18 %

– Par déduction, il reste donc 8967 IDEL ou mixte qui pourraient être remplaçant(e)s.
Soit 6,82 % des effectifs en libéral et mixte pour 2019 ? A vérifier.

Par comparaison en 2013, il y avait 97664 IDEL ou mixte, et 68786 ont facturé des soins d’après le GIE SESAM VITALE (soit environ 70 %).
Cela signifierait qu’il y avait environ 30 % des effectifs en tant que remplaçant(e) ?

– Cette déduction permettrait de valider une tendance récente ( 2017-2018) et massive vers l’installation ou la collaboration.
Sans oublier un nombre important et croissant d’IDEL qui interviennent dans les centres de vaccination du printemps 2021 au printemps 2022.
Êtes-vous à la recherche d’un(e) infirmier(e) remplaçant(e) ?
Êtes-vous à la recherche de remplacement IDEL ?

 

La croissance des IDEL est toujours largement plus significative

En pourcentage global, par rapport à l’évolution de toute la profession infirmière.

EVOLUTIONINFIRMIERSSALARIESLIBERAUX
ANNUELLETOTALPUBLIC PRIVES ET MIXTES
200039750634001357493
200951575443856477190
PROGRESSION
2000 / 2009
29,68 %28,98 %34,26 %
 2019744307612732131575
 PROGRESSION
2009 / 2019
44,31 %39,71 %70,46 %

 

Tableau source DREES (Ministère de la Santé et des Solidarités).

A la lecture du tableau, la croissance exponentielle est bien confirmée depuis le début du siècle.
– De 2000 à 2009, la croissance du nombre d’IDEL ou mixte a été supérieure de celle des IDE salariés de 5,28%.
– De 2009 à 2019, la même croissance a explosé pour passer à un différentiel de 30,75%.

En clair, le nombre d’infirmières et d’infirmiers libéraux a plus que doublé entre 2000 et 2019 (soit +128,85%).
Sur la même période, le nombre total des infirmiers a augmenté de 87,24%.
Alors que le nombre total des IDE salariés n’a augmenté que de 80,20%.

A lire également notre article sur le rapport de la cour des comptes de 2015.

– Ce qui explique la difficulté de la situation actuelle: certes, nombre d’infirmier(e)s se sont installé(e)s avec cabinet et patientèle.
Mais il subsiste toujours une pénurie globale de remplaçant(e)s.
Il convient de souligner également le fait qu’un certain nombre d’IDE tentent l’exercice libéral.
Mais ils retournent assez rapidement au salariat.
Tout simplement parce que cette manière d’exercer le métier d’infirmier(e) ne convient pas à tout le monde.

– Tout en tenant compte de certaines disparités locales, le nombre de remplacements à pourvoir est instable et mal réparti.
Il n’est pas toujours suffisant tout au long de l’année (hors périodes de congés scolaires).

 

Une pénurie d’IDEL remplaçant(e)

Autant, il y avait une pénurie générale d’infirmiers libéraux remplaçants jusqu’en 2004/2005.
Autant certaines régions ont été saturées, ce phénomène s’étant grandement développé surtout sur la période de 2008 à 2017.

Quelques chiffres sur les effectifs pour illustrer le propos:
– en 2005, 396259 IDE salariés pour passer à 410532 en 2006, soit une augmentation d’environ 3,6%.
– en 2005, 65244 IDEL ou mixte pour passer à 67951 en 2006, soit une augmentation d’environ 4,15%.

C’est la première année où les statistiques officielles démontrent que les effectifs des libéraux dépassent en pourcentage bien sûr, ceux des salariés.

La tendance statistique de 2005 à 2006 se confirme et se renforce même.
Progressivement, retour en situation de pénurie depuis cette période.

A noter également, les effets de avenant N°1 avec pour objectif d’améliorer la répartition de l’offre de soins et lutter contre les « déserts médicaux ».

Quelques chiffres pour illustrer le propos:
– en 2008, 414883 IDE salariés pour passer à 430501 en 2009, soit une augmentation d’environ 3,76%.
– en 2008, 72632 IDEL ou mixte pour passer à 76837 en 2009, soit une augmentation d’environ 5,79%.

 

Les campagnes de vaccination

Mais, avec le Covid 19 et la vaccination, nombre d’IDEL remplaçant(e)s ont activement participé à l’activité dans les centres pendant environ un an.
Depuis début 2022, un grand nombre d’entres elles et eux, sont revenus sur les remplacements en libéral.
Est ce que ce sera suffisant ? Je ne pense pas.
Pour combien de temps ? Mystère.

A noter également le fait que l’obligation vaccinale des soignants à l’échéance du 15 octobre 2021, n’a pas vraiment arrangé la situation.
Suivant les sources, plus de 15000 soignants sont sans travail et sans revenus. Mais quel est le nombre d’infirmier(e) ? Difficile à savoir.

 

Mais aussi l’avenant N° 3 de la Convention Nationale des Infirmiers

Il établit pour la première fois, un zonage des infirmières libérales et des infirmiers libéraux.

Quelques chiffres pour illustrer le propos:
– en 2012, 475732 IDE salariés pour passer à 497819 en 2013, soit une augmentation d’environ 4,64%.
– en 2012, 91631 IDEL ou mixte pour passer à 97664 en 2013, soit une augmentation d’environ 6,6%.

L’évolution statistique est maintenue, de surcroit de nos jours.

– Pendant ce temps, le nombre d’entrées en Institut de Formation en Soins Infirmiers était à plus de 18000 en 2000.
Pour dépasser les 30000 depuis 2003. Alors pourquoi maintenir autant d’inscriptions dans les 326 I.F.S.I depuis toutes ces années ?
En 2017, plus de 26000 diplômes ont été délivré!

En 2020, il y a eu 31462 places en 1ère année dans les IFSI et le gouvernement a prévu de franchir le cap des 36000 places en 2023.

Pour rappel, les entrées en IFSI passent par le désormais très célèbre et incontournable « PARCOURSUP ».
Sur examen des dossiers de chaque candidature, en lieu et place de l’ancien concours d’entrée.

– En parallèle, la profession d’infirmier(e) subit la sombre perspective du chômage avec déjà plus de 5400 inscrits en 2009 et plus de 6300 en fin 2010.
D’après les statistiques de Pôle Emploi, le cap des 8000 infirmier(e)s inscrits a été franchi en 2012.

Pire encore, il restait 18250 inscrits au 31 décembre 2017.

– Force est de constater qu’il y a encore et toujours des problèmes majeurs en France, de gestion de la politique de santé.

 

Le « ras-le-bol » des salariés et la migration croissante vers le libéral

– Quelques explications de cette défection du travail en structure.
Dégradation des conditions de travail, manque de reconnaissance professionnelle.
Mais encore mauvaise gestion des plannings, rémunération peu motivante.

Justement à propos de rémunération.
En effet, les infirmier(e)s salariés français touchent en moyenne 2 070 € net par mois.
Quand les infirmiers allemands sont rémunérés 2 383 € net (+ 15,12 %).
Et les Espagnols 2 600 € net (+25,6 %), selon les données de l’OCDE (Source du Panorama de la Santé édité en 2019).

 

Les conditions d’installation en libéral

Par ailleurs pour l’exercice libéral, il y a ces fameuses zones sur dotées (voir avenant 3 à la CNI ci-dessus).
Plus d’installations possibles (sauf départ en retraite, cession de patientèle).
Donc tous les nouveaux IDE qui débarquent en libéral chaque mois, sont obligés de démarrer par les remplacements.

Cliquez ici, si vous êtes intéressé par le statut d’infirmier(e) libéral(e) installé(e).

Mais encore, ces mêmes zones sont tellement sur dotées, que beaucoup de cabinets peinent à développer leur patientèle.
Car le ratio « IDEL installé(e) – patients potentiels », devient franchement défavorable à cause du sureffectif professionnel.

– Il parait urgent et vital depuis plusieurs décennies, de revaloriser cette profession.
Pour rééquilibrer les effectifs et leur répartition, de façon à répondre au mieux, à l’évolution des besoins de soins de la population.
Tant en structure qu’à domicile.

– Que va devenir l’offre de soins en France, avec la part croissante des personnes âgées ?
Et le maintient de l’espérance de vie et la baisse confirmée (depuis des décennies) du nombre de médecin ?

Merci au passage au numérus clausus mis en place en 1971 par Madame la ministre Simone VEIL, ce qui avait peut-être du bon sens à ce moment-là.
Mais gérer, ce n’est pas d’abord anticiper ?
Mais 50 ans après la situation a évolué, sans une réaction adaptée des autorités concernées de tous les gouvernements successifs ?

 

Les zones d’installation en libéral

A voir maintenant qu’elle sera la nouvelle stratégie de transformation de notre politique de santé.
Voir pour l’instant l’avenant n° 6 à la Convention Nationale des Infirmiers.

Dans ce dernier, une nouvelle méthode de zonage est instaurée.
Elle a été développée par la DREES et s’intitule l’APL.
Ou Accessibilité Potentielle Localisée et se décompose en 5 zones comme suit.

1) zone très sous-dotée, soit 5 % de la population française,
2) sous-dotée, soit 9,5 % de la population,
3) intermédiaire, soit 36,8 % de la population,
4) sur-dotée, soit 20,4 % de la population,
5) très sur-dotée, soit 28,4 % de la population.

 

Rappelons à nos technocrates et politiques en France

Les soins au domicile des patients effectués en exercice libéral sont « sous-rémunérés » à l’acte.
Et c’est encore pire dans certains cas avec le Bilan de Soins Infirmiers.
Mais ils coûtent bien moins chers à notre collectivité et à notre système de santé, que toute structure avec des soignants salariés.
Une fois de plus, la logique et le bon sens les plus élémentaires ne sont pas au rendez-vous. Quid de l’incompétence ?

– Ma conclusion se résume ainsi : 3 x hélas!

Hélas, se succèdent nos ministres de la santé.
Et hélas, l’art infirmier ne cesse d’être méprisé.
Encore hélas, l’argent continue de passer avant la santé.

Sources: Direction de l’administration centrale des ministères sanitaires et sociaux (DREES ou Direction de la Recherche des Etudes d’Evaluation et des Statistiques)
L’OCDE et le GIE Sésam Vitale.

Olivier Luck